Artistes

HIND LAHRICHI

(1955)

 

Transatlantique d’une vie

De Casablanca à Tanger, de l’entrepreneuriat à la navigation, puis de la mer à la peinture, Hind Lahrichi a construit son parcours comme une traversée. À contre- courant, dans l’endurance, le risque et la fidélité à une liberté intérieure, elle donne aujourd’hui forme à une œuvre née du large, de la lumière et du silence.

L’Appel du large

Née à Casablanca, Hind Lahrichi grandit dans un environnement marqué par la culture, l’exigence et l’indépendance. Très tôt, elle observe les paysages, les rochers, les arbres, les lumières, les couleurs. Enfant, elle voulait savoir où s’arrêtait la mer. Cette question, simple en apparence, contient déjà l’élan profond de son œuvre : aller au-delà des limites visibles, chercher l’horizon, éprouver le monde par le regard et par le corps.

Construire sa liberté

Après des études à l’ISCAE, elle s’engage dans une vie professionnelle intense. Dans le Maroc des années 1980 et 1990, Hind Lahrichi s’impose dans l’univers des affaires, bâtissant sa trajectoire avec détermination, discipline et audace. Cette première vie, faite de responsabilités et de décisions, forge chez elle un rapport direct à l’action, au risque et à la liberté.

Mais deux appels demeurent en silence : la mer et la peinture.

Traverser

La mer s’impose progressivement comme un territoire essentiel. Hind se forme, navigue, devient capitaine et fait du large un espace d’expérience intérieure. À bord, face à l’immensité, aux nuits atlantiques, aux tempêtes et aux lumières surgies après l’épreuve, elle découvre une matière sensible qui deviendra plus tard celle de sa peinture.

La transatlantique marque un tournant. Elle n’est pas seulement une traversée géographique, mais une expérience physique, mentale et spirituelle. L’océan y devient révélateur : il déplace les certitudes, dépouille les apparences, confronte l’être à sa propre vérité. De cette traversée naît une peinture qui ne cherche pas à représenter la mer comme décor, mais à traduire ce que les éléments déposent en elle.

Devenir peintre

La peinture, longtemps présente en filigrane, trouve alors sa pleine nécessité. Hind Lahrichi peint depuis de nombreuses années, mais c’est après avoir vécu le large qu’elle comprend la profondeur de son langage plastique. Elle choisit d’approfondir son engagement artistique à la Barcelona Academy of Art, où elle reprend les fondements du dessin, de la composition et de la peinture avec rigueur.

Son œuvre se situe entre figuration et abstraction. Les mers, les ciels, les couchers de soleil et les horizons ne sont jamais de simples motifs. Ils deviennent des états intérieurs. La matière épaisse, travaillée à l’huile, porte les traces du geste, de la mémoire et du combat silencieux avec la lumière. Les bleus profonds, les gris nocturnes, les oranges incandescents et les éclats blancs composent une peinture vibratoire, organique, où le paysage se transforme en émotion.

Dans ses tableaux, la lumière avance, la nuit gagne, les formes se dissolvent. Chaque œuvre part d’une expérience intime, mais s’ouvre à une résonance universelle : celle du passage, de la perte, du recommencement et de la liberté retrouvée.

L’Horizon retrouvé

En 2026, Hind Lahrichi présente à la Galerie Dar D’art, à Tanger, Transatlantique d’une vie, une exposition immersive pensée comme une traversée sensible. Le choix de Tanger s’impose naturellement. Ville de seuils, de passages et de départs, tournée vers la Méditerranée autant que vers l’Atlantique, Tanger prolonge la géographie intérieure de son œuvre.

Déjà présente dans l’ouvrage 60 ans de peinture au Maroc, Hind Lahrichi affirme avec cette exposition une trajectoire singulière : entreprendre, naviguer, peindre — trois langages d’un même élan vers la liberté.